La campagne Get a Mac comme structure de comparaison publicitaire (étude de cas)
En septembre 2005, Steve Jobs a demandé à l'agence publicitaire d'Apple « a powerful ad campaign » pour montrer que les nouveaux Mac équipés de processeurs Intel battaient les PC Windows sur leur propre terrain. Le résultat, la campagne « Get a Mac », a produit soixante-six publicités télévisées de trente secondes, toutes sur fond blanc, toutes ouvertes sur les mêmes huit mots : « Hello, I'm a Mac. And I'm a PC. »
Le pivot qui a débloqué la campagne
L'équipe créative a d'abord cherché des raisons d'aimer le Mac, une approche qui a mis sept mois à échouer au point que Jobs menaçait de renvoyer l'agence. Le déblocage est venu d'un renversement d'audience, résumé par le directeur créatif Eric Grunbaum : le problème n'était pas que le public ignorait les qualités du Mac, c'était que les utilisateurs de PC ne mesuraient pas à quel point leur ordinateur les desservait. La campagne a donc cessé de parler du Mac pour parler du PC.
Personnifier le choix, sans transformer le concurrent en repoussoir
Chaque publicité met en scène deux personnages, Mac (calme, prêt à l'emploi) et PC (bien intentionné mais empêtré). Le spectateur n'est pas invité à comparer des caractéristiques techniques : il est invité à s'identifier à l'un des deux personnages. L'équipe a explicitement refusé de présenter PC comme stupide, parce que son public cible restait composé d'utilisateurs de PC : PC devait rester sympathique, seulement empêtré. Un concurrent traité comme une caricature aurait été perçu comme tel par le public et aurait produit l'effet inverse.
Faire porter l'objection par le concurrent lui-même
La technique qui fait le plus de travail dans la campagne consiste à faire porter l'objection par PC lui-même plutôt que d'y répondre directement. Dans le spot de lancement de Windows 7, PC promet que ce système n'aura aucun des problèmes du précédent. Mac répond, impassible : « I feel like I've heard this before, PC. » Un montage rappelle alors les mêmes promesses faites pour Vista, ME, 98, 95 et Windows 2. L'objection réelle du public, la confiance dans les promesses de fiabilité, n'est jamais traitée à la première personne par Apple : elle est mise dans la bouche du rival, qui se discrédite lui-même.
Remplacer l'abstraction par une scène spécifique
Le spot consacré au connecteur MagSafe ne prétend jamais que les Mac sont « plus durables » ou que les PC sont « fragiles ». Il montre une scène unique : quelqu'un trébuche sur le câble d'alimentation d'un PC, qui tombe au sol ; le câble magnétique du Mac, lui, se détache simplement au contact. Aucune affirmation générale n'est faite : le spectateur, qui a déjà vécu ou imaginé cette scène, tire lui-même la conclusion. Ce principe rejoint la spécificité concrète déjà documentée ailleurs dans le corpus : une scène précise persuade là où une affirmation abstraite ne fait que déclarer.
Le ratio caché derrière la campagne
Soixante-six publicités ont été diffusées sur trois cent vingt-trois tournées, soit environ quatre publicités écartées sur cinq, un taux de rejet jugé exceptionnel pour le secteur publicitaire. Sur les quatre années de diffusion de la campagne, la part de marché américaine d'Apple sur les ordinateurs est passée de 4 % à 8,8 %, et Microsoft a répliqué par une campagne à 300 millions de dollars.
Enseignement principal
La leçon de Get a Mac n'est pas de tourner trois cents publicités pour n'en garder qu'une soixantaine : c'est d'accepter d'écarter de bonnes idées pour ne conserver que celles qui sont exactement justes. La question que la campagne pose à toute marque qui affronte un concurrent plus installé n'est pas seulement « que dire de nous-mêmes », mais « si notre produit entrait dans la pièce et se mettait à parler, de quoi parlerait-il en premier ».